Aston Martin Bulldog : recordman foudroyé

Ce n’est peut-être pas une reine de beauté, mais la Bulldog est une auto incroyable. Si incroyable qu’elle aurait pu propulser Aston Martin sur une autre planète, faisant d’elle la marque la plus rapide au monde. Rien que ça. Mais le destin en a voulu autrement… Découvrez l’histoire unique d’une voiture qui aurait pu révolutionner l’automobile avec un grand A.

Aston Martin… Rien que le fait de prononcer le doux nom de la marque provoque chez tout passionné d’automobiles ou simple néophyte des images d’élégance, de raffinement, de beauté intemporelle. À chaque passage d’une anglaise surmontée du badge de Gaydon, la perfection de ses lignes se dessine, et le velouté de son noble moteur envoute son spectateur ébahi…

Difficile d’imaginer une Aston Martin disgracieuse. Ce serait comme dissocier la marque de l’agent secret 007, ou Bentley de son lien avec la royauté. C’est impensable. S’il y a bien un mot qui ne qualifie pas les modèles du constructeur, c’est bien « laid ».

Mais c’était sans compter sur la Bulldog. Si on ne sait pas qu’il s’agit d’une Aston Martin, difficile de l’imaginer tant elle parait aux antipodes des productions habituelles. Le jeu des devinettes pourrait durer indéfiniment. Mais ne vous laissez pas décourager par l’extérieur étrange de la chose. L’auto que vous découvrez (ou redécouvrez) est en réalité absolument incroyable. Car oui, elle aurait pu révolutionner le paysage automobile !

Aston Martin Bulldog : recordman foudroyé / Crédit : Aston Martin

Objectif Countach

L’histoire de la Bulldog débute à la fin des années 70 dans un contexte particulier pour la marque. Depuis le début de la décennie, Aston Martin fait face à d’importantes difficultés financières. La récession mondiale, le manque de fonds, et les nouvelles exigences d’émission de gaz d’échappement de la Californie mettent un coup d’arrêt aux ventes américaines. En décembre 1974, Aston Martin se retrouve de nouveau en redressement judiciaire, l’usine ferme.

En avril suivant, l’entreprise est vendue pour 1,05 million de livres sterling aux hommes d’affaires nord-américains Peter Sprague et George Minden, mais reste contrôlée par des anglais. Alan Curtis, promoteur immobilier britannique, est mis aux commandes du navire. En septembre 1975, l’usine rouvre sous le nom d’Aston Martin Lagonda Limited. L’entreprise se modernise, la faillite quasi-inévitable s’éloigne peu à peu, et la clientèle se rajeunie. La V8 Vantage est présentée en 1977, le cabriolet Volante l’année suivante.

Dès 1977, Alan Curtis veut démontrer le savoir-faire de la marque, et les possibilités offertes par ses nouvelles installations. L’idée est de construire la voiture la plus rapide au monde ! Les travaux commencent dans un petit hangar de l’aérodrome de Cranfield, à quelques kilomètres de Newport Pagnell. Rapidement, l’ingénieur en chef Mike Loasby quitte le navire pour rejoindre DeLorean, et les équipes délaissent un peu le projet au profit de la berline Lagonda.

À cette époque, les reines de la route se nomment 911 Turbo, 365 GT4 BB, Pantera, Bora ou Stratos. La star incontestée est la Lamborghini Countach LP400, avec son V12 de 370 chevaux et sa vitesse de pointe de 305 km/h. Mais Curtis veut détrôner la diva italienne, à sa façon. Battre la Countach n’est pas si compliqué tant les ingrédients injectés dans la Bulldog sont performants.

Le plus important, c’est la manière de le faire : soit passer par la petite porte, en battant le record de quelques km/h, soit passer par la grande, en donnant naissance à quelque chose de jamais vu auparavant. Heureusement, Aston Martin possède le double des clés, et opte pour la seconde hypothèse : effacer la concurrence.

Aston Martin Bulldog : recordman foudroyé / Crédit : Aston Martin

Countach, check. Objectif lune

Derrière ces formes géométriques se cache William Towns, père de la berline Lagonda (CQFD). Avec ses côtés fuselés, ses cinq phares dissimulés dans le capot et ses portes papillon (à commande électrique s’il vous plait, repris de la capote de la V8 Volante) qui dépassent de près d’un mètre la hauteur extrêmement basse de 1092 mm de la voiture, la Bulldog ne ressemble à aucune autre auto. Les enjoliveurs à lames, conçus pour attirer l’air pour refroidir les disques de freins, sont une autre nouveauté sur une voiture de route. En interne, le projet est appelé DP K9, en référence au chien robot de Dr Who.

Une fois familiarisé avec l’extérieur, place à l’habitacle. Ou au poste de pilotage. L’anglaise reprend le nom d’un petit avion piloté par Alan Curtis. Dedans, tout est futuriste. L’intérieur est un mélange de bois et de cuir, mais avec des écrans LCD. Les jauges numériques paraissent bien familières avec nos yeux de 2020. Mais quarante ans en arrière, rien de semblable n’existe. Pour l’anecdote, ces fameux cadrans fonctionnent apparemment mal, les chiffres qu’ils montrent étant soit-disant invraisemblables. Mais peu importe la vitesse quand personne ne peut vous rattraper…

Le poste de pilotage futuriste de la Bulldog / Crédit : Aston Martin

Sous le capot de la bête se cache un V8 Twin-Turbo de 5.3 litres développant plus de 600 ch, couplé à une boîte manuelle ZF à 5 vitesses (similaire à celle montée dans la De Tomaso Pantera). Officiellement, la marque annonce une puissance de 650 ch, bien que sur banc d’essai, ce nombre serait plus proche des 700 ! Le tout, monté sur d’énormes pneus arrière de 345 mm. Résultat : la Bulldog réalise l’exercice du 0 à 60 mph en 5,1 secondes. Soit plus rapidement que n’importe quelle autre voiture à l’époque, mais décevant compte tenu des performances de l’auto. Sur la piste d’essais de MIRA, la Bulldog grimpe facilement à 192 mph, environ 308 km/h. Mais à en croire les calculs d’Aston Martin, il ne s’agit pas de la vitesse maximale de l’auto, seulement celle de croisière.

Crédit : Thames TV

Lorsque le tronçon de route est assez long et le permet, la Bulldog révèle tout son potentiel : une top speed de 237 mph, soit 381 km/h… à peine croyable. Surtout que, petite cure de rappel, nous sommes en 1979 ! Aston Martin aurait tout simplement pu imposer son ORNI (objet roulant non identifié) comme la voiture de série la plus rapide du monde, avec une marge de près de 60 mph ! Même avec un seul exemplaire d’assemblé, la marque fait passer un message : elle est capable de construire la voiture la plus rapide du monde. Tout simplement…

Aston Martin Bulldog : recordman foudroyé / Crédit : Aston Martin

Du prototype au modèle de série… ou pas

La Bulldog est dévoilée officiellement le 27 mars 1980 au Bell Hotel d’Aston Clinton. Malgré les performances de la Bulldog et les capacités de l’usine, Aston Martin a de maigres espoirs quant à l’avenir du modèle en série. La production est estimée à moins de 25 voitures, malgré un nombre important de commandes en provenance du Moyen-Orient. Mais 40 ans plus tard, seul le prototype original a vu le jour. Pourquoi tant de promesses pour un exemplaire unique ? Aston Martin n’a pas prévu qu’une crise financière se profile à l’aube des années 80.

Une fois de plus, Aston Martin se retrouve au bord de la faillite. Le projet Bulldog est abandonné pour assurer la survie de l’entreprise. En janvier 1981, Alan Curtis et Peter Sprague annoncent la vente d’Aston Martin Lagonda à Victor Gauntlett. Une page se tourne, le chapitre de la Bulldog se referme par la même occasion, pour ne plus jamais être rouvert…

Victor Gauntlett en 1984, posant fièrement devant la 10 000e Aston Martin / Crédit : Aston Martin Magazine

En 1984, la Bulldog est vendue à un prince du Moyen-Orient pour la somme de 130 000 £. Une bonne affaire… Il faut attendre l’arrivée de la DB11 pour que la marque adopte un moteur turbocompressé sur une voiture de série, et la future Valkyrie pour avoir une voiture à moteur central. La Bulldog était en avance sur son temps. Peut-être trop.

Finalement, que penser de cette auto ? Comment l’histoire aurait évoluée si la Bulldog n’était pas restée à l’état de prototype ? Avec ses 237 mph en vitesse de pointe (voire davantage), rien n’aurait pu suivre l’anglaise.

Aston Martin Bulldog : recordman foudroyé / Crédit : Aston Martin

La première voiture de production qui aurait pu aller plus vite est la Bugatti Veyron. Si l’Aston Martin avait finalement été construite, c’est toute l’histoire automobile des années 90 / 2000 qui aurait pris une tournure différente. Les Porsche 959, Ferrari F40, Lamborghini Diablo, Bugatti EB110, Jaguar XJ220, McLaren F1, et autres Koenigsegg CCR n’auraient sans doute pas eu l’aura qu’on leur connait aujourd’hui.

C’est dire à quel point cette voiture est incroyable…

Raphaël Crabos

Sources :

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