Panther : l’excellence et la singularité avant tout

Constructeur singulier anglais, Panther s’est fait un nom au milieu des années 1980 en proposant ses Lima et Kallista. Des petits roadsters au look rétro, qui feraient presque oublier les autres productions atypiques de Bob Jankel. Tour d’horizon des créations originales de Panther.

Panther est un constructeur comme seul le Royaume-Uni sait les faire. Des autos aux looks atypiques, destinées à une riche clientèle voulant se démarquer de la concurrence plus traditionnelle. Voire plus fade aussi. En 18 ans d’existence, la marque donne naissance à toute une gamme de véhicules uniques en leur genre.

La Panther Westwinds Car Company est créée en 1972 par Bob Jankel. Panther, pour sa similitude avec un autre félin anglais bien connu dont la marque entend bien s’inspirer, et Westwinds, en référence à la maison de la famille Jankel.

J72 : la SS 100 comme point de départ

L’entreprise, basée à Surrey, au sud de Londres, dévoile au début des années 1970 son premier véhicule : la Panther J72. Sa ligne est fortement inspirée de la mythique SS 100, et reprend les motorisations de la Type-E. Sous le capot, on retrouve donc en fonction des années les 6 cylindres en ligne 3.8 et 4.2, et le V12 5.3. La publicité flatteuse à son égard lui permet de trouver son public. Une J72 est produite par semaine, malgré un prix quasi deux fois supérieur à une Jaguar contemporaine. La production s’arrête en 1981, après 368 exemplaires assemblés.

Seuls 11 cabriolets De Ville ont été assemblés / Crédit : Unknown

De Ville : la petite Royale

Deux ans après la sortie de la néo-SS 100, le petit artisan présente son deuxième modèle. Cette fois-ci, Bob Jankel puise son inspiration dans un modèle français légendaire, symbole de tous les superlatifs : la Bugatti Royale. La Panther De Ville est construite sur un châssis tubulaire. Jaguar renouvelle son contrat avec le constructeur de Surrey pour fournir notamment les suspensions, la boîte de vitesse automatique, et la direction assistée, entre autres pièces mécaniques. La De Ville est propulsée suivant les années par le 6 cylindres en ligne 4.2 et le V12 à carburateur 5.3.

L’un des rares cabriolets De VilleSeuls 11 cabriolets De Ville / Crédit : Unknown

Une nouvelle fois, le prix se veut très élevé. Deux fois supérieur à celui d’une Rolls-Royce Silver-Shadow. Niveau carrosserie, deux versions sont proposées : la berline, et le coupé. Si la marque à l’ange est la quintessence du luxe, Bob Jankel tente de faire encore davantage, en mettant la barre encore plus haut. De série, la De Ville adopte une sellerie en cuir Connolly, des accastillages en bois précieux, la climatisation, un autoradio et des vitres électriques. Un toit ouvrant électrique, un téléphone, une télévision et un minibar peuvent également être installés en option.

Comparée à la J72, la production est plus confidentielle. 58 exemplaires sont assemblés jusqu’en 1985 : 46 berlines et 11 cabriolets. Plus une limousine à six portes construite en un exemplaire unique pour un prince. Une berline, lourdement modifiée en coupé, apparait dans le film Les 101 Dalmatiens de 1996 et est exposée à Disneyland Paris. Une alternative néo-rétro qui sent bon les années 1930, au même titre que les extravagantes Excalibur et Clenet.

La Panther Lazer, présentée au London Motor Show 1974 / Crédit : Unknown

Lazer : drôle de surprise

En 1974, un importateur canadien veut faire un cadeau à sa femme. Il s’adresse à Bob Jankel pour réaliser un petit roadster unique. Baptisé Lazer, il hérite du moteur, de la boîte de vitesses manuelle, de la suspension indépendante et du système de freinage de la Jaguar XJ12. La carrosserie en aluminium taillée à la serpe est surmontée d’un pare-brise avant-gardiste panoramique. L’habitacle est lui aussi futuriste, avec trois places de front et une instrumentation orientée en direction du conducteur.

Le buggy-roadster de luxe est dévoilé au London Motor Show 1974, à côté d’une autre auto à l’histoire particulière : la Felber FF Roadster. Avec son immense aileron et sa ligne angulaire, la Lazer ne détonerait pas aux côtés de Satanas et Diabolo dans Les Fous du volant. De l’avant, la ressemblance avec la Lamborghini Marzal est plus qu’anecdotique.

La Panther Lazer, présentée au London Motor Show 1974 / Crédit : Unknown

Finalement, la surprise ne plait pas à madame, qui refuse de conduire l’auto. Livrée en août 1974, la voiture est retournée quelques semaines plus tard au Royaume-Uni. Elle passe plusieurs années sans bouger, avant d’être vendue au prince héritier d’Iran Reza Pahlavi, alors âgé de 14 ans. Elle est aujourd’hui exposée au National Car Museum of Iran.

Sous ses airs de Rolls Royce, la Rio abrite une mécanique de Dolomite / Crédit : Classic & Sports Car

Rio : la Dolomite devenue Rolls

Au milieu des années 1970, la crise pétrolière se profile doucement. Même si les affaires du petit constructeur britannique sont en pleine expansion, les ventes sont fragiles. Panther se penche sur une voiture moins exubérante, moins tape à l’oeil. La Rio est dévoilée en 1975. Avec son allure de berline de luxe, elle s’adresse aux propriétaires de Rolls Royce à la recherche d’un véhicule plus économique pour une utilisation quotidienne.

Sous ses airs de Rolls Royce, la Rio abrite une mécanique de Dolomite / Crédit : Classic & Sports Car

Une nouvelle fois, Panther part d’une base populaire pour l’embourgeoiser. Un accord avec Triumph est passé pour créer une centaine de Rio en prenant la Dolomite comme point de départ. La carrosserie est intégralement modifiée, en s’inspirant des productions Rolls Royce contemporaines. Exit les 6 cylindres et le V12, la Rio adopte deux motorisations plus économiques empruntées à la Dolomite : le 4 cylindres 1.8 de 92 chevaux, et le 4 cylindres 2.0 de 129 chevaux de la Sprint.

Boiseries, vitres électriques… le luxe était au rendez-vous dans l’habitacle de la Rio / Crédit : Classic & Sports Car

Le luxe est évidemment de la partie, avec tous les équipements dernier cris. La Rio est affichée à 9445 £ dans sa version la plus puissante, soit trois fois le prix d’une Dolomite de série, et plus chère qu’une Jaguar XJ 5.3, pourtant équipée du noble V12. Après deux années de production, Bob Jankel doit se rendre à l’évidence. Un client fortuné se tourne davantage vers un constructeur pour son image. Entre une Rolls Royce ou une Bentley, et un petit constructeur quasi-anonyme, le choix est vite fait. Panther retire le modèle de son catalogue, faute d’acheteurs. Les 100 exemplaires envisagés ne voient jamais le jour, et seules 38 Rio sont vendues.

La Solo II sera le dernier modèle conçut par Panther / Crédit : Unknown

Solo : le coup de grâce

Panther doit trouver une nouvelle clientèle. Dans ce contexte compliqué, la marque présente en 1976 la Lima, un petit roadster équipé d’une mécanique Vauxhall. Les concessionnaires Vauxhall peuvent donc distribuer et entretenir la Lima. Deux générations se succèdent jusqu’en 1982, mais la sortie ratée d’une autre auto incroyablement singulière, la Six (dont on reparlera bientôt), précipite la marque à sa perte.

La Solo première du nom, restée à l’état de prototype / Crédit : Unknown

Avec l’échec commercial et économique de la Six, l’entreprise dépose le bilan en 1980. Elle est rachetée l’année suivante par un investisseur sud-coréen, Young Kim. Le projet de voiture à six roues est définitivement abandonné, et la petite Lima est renommée Kallista. Le châssis et la carrosserie en aluminium sont maintenant produits en Corée du Sud. Exit les tôles formées à la main par un artisan, l’heure est à l’économie. Place donc à des feuilles embouties et recouvertes d’une couche de résine époxy. Par rapport à la Lima, la production de la Kallista coûte environ 40 % de moins. Entre 1982 et 1993, 1740 exemplaires sont produits, contre 897 Lima la décennie précédente.

Au début des années 1980, le sud-coréen confie à Len Bailey, concepteur en partie de la Ford GT40, l’étude d’un nouveau modèle. Une sportive à moteur central équipée d’une carrosserie en fibre de verre accessible à tous. L’objectif est d’en produire entre 1 500 et 2 000 par an. Mais une nouvelle fois, la réalité est tout autre. La Solo est présentée au salon de Londres 1984. 

Le moteur, à injection ou turbo, est emprunté à la Ford Escort XR3. Outre son moteur, l’allure générale de la Solo ne séduit pas. En parallèle Toyota dévoile sa MR et récupère les potentiels acheteurs de la petite sportive. Le projet reste en stand-by.

La Solo II, dévoilé au salon de Londres 1989 / Crédit : Unknown

En 1989, une version revue et corrigée du coupé fait son apparition. Baptisée Solo II, elle adopte une structure monocoque coûteuse, réalisée en matériaux composites, et récupère le 4 cylindres de 204 chevaux de la Ford Sierra RS Cosworth. Son style plus affiné lui permet de gagner deux minuscules places arrière. Les idées sont là, mais rien ne suit. La qualité d’assemblage n’est pas bonne, et les performances non plus. Même la Sierra RS Cosworth est plus rapide… Le prix lui aussi est à côté de la plaque. Le projet de voiture accessible est passé à la trappe, la Solo II coûte quasiment autant qu’une Porsche 911…

Au début des années 1990, Panther est racheté par Ssangyong. La production de la Kallista est transférée à Brooklands, tandis que l’usine historique permet à Bob Jankel de lancer une nouvelle activité : la personnalisation de voitures de luxe. La production de la Solo II est officiellement lancée, mais moins d’une vingtaine d’exemplaires est assemblée.

L’un des rares exemplaires de Solo II / Crédit : Unknown

Les livraisons prennent du retard, et les essais peu élogieux par la presse mettent à mal l’avenir du modèle. Début 1990, aucun client n’est encore livré. Seuls 13 n’annulent pas leur commande. Deux nouveaux projets voient le jour en 1991 pour rendre la Solo II plus performante. Le premier consiste à placer dans l’un des prototypes un V8 turbocompressé d’origine Rover, mais aucune suite n’est donnée. Même chose pour le second projet : installer un moteur bi-turbo dans la voiture du salon de Londres 1989 – le châssis n°008. Ces deux projets sonnent le glas de la marque anglaise.

En 1992, une petite série de 78 Kallista est fabriquée en Corée du Sud sous la marque SsangYong. Elle tente également de redonner vie à la Solo en 1995. Une version 6 cylindres de 3.2 est présentée au public lors du salon de Séoul 1995. La Solo III est en réalité une vitrine technologique de ce que peut produire SsangYong, mais sans ambition commerciale derrière.

La Solo III au Seoul Motor Show 1995 / Crédit : Unknown

Bob Jankel, de son côté, rachète le nom de propriété au constructeur coréen en 2001. Il décède 4 ans plus tard alors qu’il finalisait une nouvelle voiture de sport, laissant derrière lui l’une des marques les plus intéressantes de la fin du 20ème siècle.

Raphaël Crabos

Sources :

2 commentaires sur « Panther : l’excellence et la singularité avant tout »

  1. Vous oubliez la Panther 6, voiture incroyable, sortie à 2 exemplaires:
    https://www.auto-reverse.com/bizarreries-automobiles-aborted-supercars/

    Pour avoir essayé une Panther Kallista, on voit rapidement que les moyens de la société n’étaient pas à la hauteur de leur ambition. Le châssis et la mécanique Ford n’étaient pas mauvais, mais la finition générale et l’ergonomie étaient eux, d’une autre époque. Plus proche d’un kit car bricolé dans un garage que d’une auto de petite série.

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, et cet oubli est volontaire. Je compte faire un article dédié uniquement à la Panther Six tant elle est incroyable et il y a de choses à dire à son sujet ! C’est sûr que la qualité n’était pas le point fort de Panther. Dommage, parce que les idées étaient bonnes, et le look rétro marchait bien.

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